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Bruxelles veut créer un marché européen de l’itinéraire mobile

Alors que les premiers vacanciers ont pris l’avion, il faut s’attendre à quelques méga-factures télécoms à la fin du mois. Les appels internationaux coûtent cher, même entre pays européens, sans parler de l’Internet mobile. L’itinérance (ou « roaming ») est pourtant régulée sur le Vieux Continent : depuis le 1 er juillet, les opérateurs ont un an pour abaisser de 4 centimes le prix maximum pour appeler ou être appelé sur un mobile, ce qui les ramènerait respectivement à 35 et 11 centimes la minute.

Mais Neelie Kroes n’est pas satisfaite. Il y a un an, la vice-présidente de la Commission européenne avait déclaré que « le problème sous-jacent du manque de concurrence » n’était pas réglé, les tarifs du « roaming » étant restés proches des plafonds réglementaires. C’est pourquoi Bruxelles a décidé de prendre des mesures structurelles pour créer un vrai marché européen de l’itinérance. Mercredi, la Commission présentera un projet de règlement visant à créer une facture séparée pour les communications internationales. Autrement dit, un Français pourra garder son abonnement chez Orange ou NRJ Mobile et acheter les appels vers Londres ou Madrid à Vodafone ou à KPN si leurs tarifs sont plus intéressants. Le passage d’un opérateur à l’autre serait entièrement fluide sans changer de carte SIM.

Aiguillonner la concurrence

L’objectif est bien évidemment d’aiguillonner la concurrence, et notamment de faire entrer dans la danse les opérateurs sans réseaux (MVNO), afin d’offrir de meilleurs tarifs aux particuliers. Pour Cyril Hullin, un entrepreneur français qui vient de créer un MVNO européen, Mobiquithings, cette mesure pourrait pousser les grands opérateurs à abaisser leurs prix de gros – une bonne chose pour les sociétés comme la sienne. Toutefois, ce seront probablement les marques les plus connues qui y gagneront : « Orange, T-Mobile, mais aussi le sud-africain MTN ou l’indien Bharti pourront aller sur des zones de chalandise où ils ne sont pas présents aujourd’hui. Ils ont les moyens structurels et marketing pour le faire. »

En attendant 2014, date à laquelle ce règlement entrera en vigueur s’il est adopté, la Commission propose d’abaisser de nouveau les paliers tarifaires pour la voix et les SMS (voir graphique). De plus, elle souhaite introduire dès juillet 2012 un plafond au détail pour l’Internet mobile en itinérance. Aujourd’hui, seuls les prix de gros sont régulés, à 50 centimes le mégaoctet. Du coup, les opérateurs télécoms se vengent de toutes les baisses de tarif en faisant payer très cher la navigation Web depuis son « smartphone » ou sa tablette. Alors que le mégaoctet coûte souvent moins de 5 centimes à la maison, le prix moyen en itinérance mobile est de 2,23 euros quand le réseau de l’opérateur n’est pas le même (chiffres à fin 2010). On a même observé des pics à 12 euros le mégaoctet ! L’ an prochain, le plafond de détail pourrait être fixé à 90 centimes, qui deviendraient 50 centimes en 2014. Place aux euro-mobinautes.

Source : lesechos.fr / SOLVEIG GODELUCK